Septembre est le mois des contrats d'apprentissage : un jeune arrive dans l'entreprise, et avec lui un bulletin de paie qui ne ressemble à aucun autre. Un brut calculé en pourcentage du SMIC, des cotisations salariales à zéro tant que la rémunération reste sous 50 % du SMIC, une part employeur qui suit pourtant le droit commun, un net souvent égal au brut et, la plupart du temps, aucun prélèvement à la source. Ce guide construit la fiche de paie d'un apprenti ligne par ligne, sur un cas de rentrée : une apprentie de 18 ans en première année de CAP, embauchée le 1er septembre. Tous les montants sont recalculés automatiquement au SMIC en vigueur, soit 1 867,02 € brut par mois.
Ce qui distingue le bulletin d'un apprenti
L'apprenti est un salarié à part entière : contrat de travail, bulletin obligatoire à chaque paie, mêmes mentions légales. Mais plusieurs lignes du bulletin obéissent à des règles propres. Le tableau ci-dessous résume les différences, pour un contrat conclu depuis le 1er mars 2025.
| Ligne du bulletin | Salarié classique | Apprenti (contrat conclu depuis le 1er mars 2025) |
|---|---|---|
| Salaire brut | Librement fixé, au moins égal au SMIC ou au minimum conventionnel | Pourcentage du SMIC (27 % à 100 %) selon l'âge et l'année de contrat, ou du minimum conventionnel s'il est plus favorable |
| Cotisations salariales | Dues dès le premier euro | Exonérées jusqu'à 50 % du SMIC (933,51 €) ; seule la fraction au-delà cotise |
| CSG et CRDS | Dues dès le premier euro | Exonérées dans la même limite de 50 % du SMIC |
| Mutuelle et prévoyance | Part salariale due | Part salariale due (hors exonération), sauf dispense demandée par l'apprenti |
| Cotisations patronales | Droit commun, moins la réduction générale (RGDU) | Droit commun, moins la RGDU : aucune exonération patronale spécifique dans le secteur privé depuis 2019 |
| Taxe d'apprentissage | 0,68 % de la masse salariale | Supprimée pour le mois où l'entreprise occupe au moins un apprenti avec une masse salariale inférieure ou égale à 6 SMIC (11 202,12 €) |
| Prélèvement à la source | Selon le taux transmis par l'administration | Aucun tant que le cumul annuel reste sous le montant annuel du SMIC |
| Effectif de l'entreprise | Compté | Non compté (sauf pour la tarification des accidents du travail) |
L'ancien régime continue de s'appliquer jusqu'au terme du contrat : exonération de cotisations salariales jusqu'à 79 % du SMIC (1 474,95 €) et CSG-CRDS totalement exonérée. Les deux régimes peuvent donc coexister dans une même entreprise à la rentrée 2026 : c'est la date de conclusion du contrat qui fait foi, pas sa date de début.
Ligne 1 : le brut, en pourcentage du SMIC
La rémunération minimale d'un apprenti est fixée par l'article D6222-26 du Code du travail en pourcentage du SMIC, selon deux critères : l'âge de l'apprenti et l'année d'exécution du contrat. Si la convention collective prévoit un minimum plus favorable, le pourcentage s'applique à ce minimum conventionnel.
| Âge | 1re année | 2e année | 3e année |
|---|---|---|---|
| Moins de 18 ans | 27 % — 504,10 € | 39 % — 728,14 € | 55 % — 1 026,86 € |
| 18 à 20 ans | 43 % — 802,82 € | 51 % — 952,18 € | 67 % — 1 250,90 € |
| 21 à 25 ans | 53 % — 989,52 € | 61 % — 1 138,88 € | 78 % — 1 456,28 € |
| 26 ans et plus | 100 % du SMIC ou du minimum conventionnel s'il est supérieur — 1 867,02 € | ||
Sur le bulletin, la ligne « Salaire de base » affiche le nombre d'heures (151,67 h pour un temps plein) et un taux horaire égal au pourcentage du SMIC horaire. Pour notre apprentie de 18 ans en première année : 43 % de 12,31 €, soit 5,2933 € de l'heure et 802,82 € brut pour le mois. Les heures passées au centre de formation sont du temps de travail effectif (article L6222-24) : elles figurent dans les heures rémunérées, jamais en absence.
Trois situations de rentrée qui modifient le brut
- Embauche en cours de mois. Le brut est proratisé pour la période de présence, temps de formation compris. Pour une embauche le 15 septembre, l'apprentie perçoit 16 jours sur 30, soit 428,17 €. La méthode retenue (trentièmes ou heures réelles) doit être la même pour le brut et pour le plafond d'exonération (voir plus bas).
- Changement de tranche d'âge. Le pourcentage supérieur s'applique à compter du premier jour du mois qui suit l'anniversaire de l'apprenti (article D6222-34). Un apprenti qui fête ses 18 ans le 20 octobre passe à 43 % au 1er novembre.
- Changement d'année de contrat. Le passage à la deuxième année intervient à la date anniversaire du début du contrat, avec proratisation du mois concerné. Pour notre apprentie, le brut passera de 802,82 € à 952,18 € au 1er septembre suivant.
Le SMIC de référence est celui en vigueur au moment de la paie : à chaque revalorisation, le brut de tous les apprentis est recalculé, comme lors de la dernière hausse du 1er juin. Et si l'apprenti enchaîne deux contrats, la règle de succession des contrats protège sa rémunération.
Cotisations salariales : le seuil de 50 % du SMIC
C'est la particularité la plus visible du bulletin. Pour les contrats d'apprentissage conclus depuis le 1er mars 2025, l'apprenti est exonéré de la totalité des cotisations salariales d'origine légale et conventionnelle — sécurité sociale, retraite complémentaire AGIRC-ARRCO y compris au taux conventionnel supérieur, contributions d'équilibre CEG et CET — dans la limite de 50 % du SMIC (articles L6243-2 et D6243-5 du Code du travail, décret du 28 mars 2025). La rémunération est exclue de l'assiette de la CSG et de la CRDS dans la même limite (article L136-1-1 du Code de la sécurité sociale).
| Situation | Brut mensuel | Fraction exonérée | Fraction cotisée |
|---|---|---|---|
| Apprentie de 18 ans, 1re année (notre exemple) | 802,82 € | 802,82 € | 0,00 € |
| Apprenti de 21 ans, 1re année (53 %) | 989,52 € | 933,51 € | 56,01 € |
| Apprenti de 26 ans au SMIC (100 %) | 1 867,02 € | 933,51 € | 933,51 € |
Sur la fraction qui dépasse le seuil, les cotisations salariales de droit commun s'appliquent (voir comment calculer les cotisations sociales), ainsi que la CSG et la CRDS, calculées après l'abattement de 1,75 % pour frais professionnels. Le bulletin fait alors apparaître deux assiettes distinctes : la part exonérée et la part soumise.
Ce que l'exonération ne couvre pas
Le Bulletin officiel de la Sécurité sociale est explicite : l'exonération ne s'étend ni à la part salariale de la complémentaire santé, ni à la prévoyance, ni à la cotisation APEC si l'apprenti a le statut de cadre. Ces lignes restent à la charge de l'apprenti, quel que soit son niveau de rémunération. C'est la seule raison pour laquelle le net d'un apprenti payé sous 50 % du SMIC peut être légèrement inférieur à son brut. L'apprenti peut toutefois demander à être dispensé de la mutuelle d'entreprise dans les cas prévus par la réglementation (voir la FAQ en fin d'article).
Mois incomplet : le plafond est proratisé
Lorsque la rémunération du mois est réduite (embauche, départ, absence non rémunérée), le plafond de 50 % du SMIC est réduit dans la même proportion que la rémunération de base. Pour l'embauche du 15 septembre de notre exemple : brut 428,17 €, plafond du mois 497,87 €, exonération totale conservée.
La part de rémunération exonérée se déclare avec les codes types de personnel prévus par l'Urssaf pour les apprentis (CTP 726, ou 727 en Alsace-Moselle), la part excédentaire sur les CTP de droit commun. Votre logiciel de paie ou votre expert-comptable s'en charge ; l'essentiel est que les deux assiettes soient correctement séparées sur le bulletin.
Part employeur : droit commun, RGDU et taxe d'apprentissage
Contrairement à une idée encore répandue, l'employeur privé ne bénéficie plus d'exonération patronale spécifique sur le salaire d'un apprenti : pour les contrats conclus depuis le 1er janvier 2019, ce régime a été remplacé par la réduction générale de cotisations patronales. Seuls les employeurs publics conservent une exonération propre.
Les cotisations patronales sont donc celles de tout salarié : assurance maladie, vieillesse plafonnée et déplafonnée, allocations familiales, accidents du travail, assurance chômage, retraite complémentaire et contributions d'équilibre, FNAL, contribution solidarité autonomie, formation professionnelle, taxe d'apprentissage lorsqu'elle est due, et part employeur de la mutuelle et de la prévoyance le cas échéant.
La réduction générale (RGDU) s'applique pleinement
La réduction générale dégressive unique s'applique à la rémunération de l'apprenti comme à celle de tout salarié. Pour un brut inférieur au SMIC, le coefficient de réduction est à son maximum : l'essentiel des cotisations patronales de sécurité sociale, de chômage et de retraite complémentaire est effacé. Restent notamment à la charge de l'employeur la fraction de la cotisation accidents du travail qui dépasse la part couverte par la réduction, la contribution à la formation professionnelle, la taxe d'apprentissage lorsqu'elle est due et la part employeur de la complémentaire santé.
Taxe d'apprentissage : souvent supprimée dans les petites entreprises
L'employeur qui occupe au moins un apprenti et dont la masse salariale brute mensuelle ne dépasse pas 6 fois le SMIC mensuel — soit 11 202,12 € actuellement — est exonéré de taxe d'apprentissage. L'exonération s'apprécie chaque mois, sur les deux critères du mois précédent, et se déclare en DSN : non déclarée, la taxe est prélevée d'office.
Les apprentis ne sont pas comptés dans l'effectif de l'entreprise, sauf pour la tarification des accidents du travail. Embaucher un apprenti ne fait donc pas franchir un seuil d'effectif (et ne déclenche pas les obligations associées).
Net à payer, net social, net imposable et prélèvement à la source
Le bas du bulletin d'un apprenti se lit en quatre lignes :
- Net à payer avant impôt = brut − cotisations salariales. Sous 50 % du SMIC, les cotisations légales sont nulles : le net est égal au brut, diminué seulement d'une éventuelle part salariale de mutuelle ou de prévoyance.
- Montant net social, mention obligatoire depuis 2023 : brut diminué des cotisations salariales obligatoires, augmenté de la part employeur des garanties de complémentaire santé et de prévoyance. Dans notre exemple sans mutuelle, il est égal au brut. C'est ce montant que l'apprenti déclare à la CAF pour la prime d'activité (voir le montant net social).
- Net imposable : la rémunération d'un apprenti est exonérée d'impôt sur le revenu dans la limite du montant annuel du SMIC (article 81 bis du Code général des impôts), soit 22 184 € pour 2026 d'après net-entreprises. Une apprentie payée 43 % du SMIC perçoit environ 9 634 € sur douze mois : elle reste très loin du plafond.
- Prélèvement à la source : l'employeur ne l'applique qu'à la fraction de la rémunération annuelle qui dépasse le plafond d'exonération. Pour la quasi-totalité des apprentis, la ligne affiche 0,00 €.
Exemple complet : apprentie de 18 ans embauchée le 1er septembre
Le cas. Léa, 18 ans, entre en première année de CAP. Contrat conclu en août 2026 (donc soumis au seuil de 50 %), début le 1er septembre, entreprise de moins de 50 salariés sans minimum conventionnel plus favorable, temps plein 151,67 heures incluant les heures de CFA, taux accidents du travail de 2,00 %. Pour la lisibilité, l'exemple est présenté hors mutuelle et prévoyance ; ces lignes s'ajoutent le cas échéant.
Le bulletin de septembre, ligne par ligne
| Ligne | Base | Taux | Montant |
|---|---|---|---|
| Salaire de base | 151,67 h | 5,2933 €/h | 802,82 € |
| Salaire brut | 802,82 € | ||
| Santé, retraite, chômage — assiette exonérée (jusqu'à 50 % du SMIC) | 802,82 € | 0 % | 0,00 € |
| Santé, retraite, chômage — assiette soumise (au-delà de 50 % du SMIC) | 0,00 € | droit commun | 0,00 € |
| CSG déductible, CSG non déductible, CRDS | 0,00 € | — | 0,00 € |
| Total des cotisations salariales | 0,00 € | ||
| Net à payer avant impôt | 802,82 € | ||
| Montant net social | 802,82 € | ||
| Prélèvement à la source | 802,82 € | 0 % (exonération) | 0,00 € |
| Net à payer | 802,82 € |
La part employeur du même bulletin
Les montants ci-dessous sont calculés par le moteur de paie de fiche-paie.fr au barème en vigueur (scénario : entreprise de moins de 50 salariés, AT/MP 2,00 %, hors mutuelle, réduction générale incluse, taxe d'apprentissage comprise à 0,68 %).
| Poste | Montant |
|---|---|
| Cotisations patronales de droit commun avant réduction | 367,19 € |
| Réduction générale (RGDU) | − 319,52 € |
| Cotisations patronales après réduction | 47,67 € |
| Coût employeur du mois (brut + cotisations après réduction) | 850,49 € |
Si votre masse salariale mensuelle est inférieure ou égale à 11 202,12 €, retirez la taxe d'apprentissage de ces montants (0,68 % du brut, soit 5,46 € ici).
Variante : embauche le 15 septembre
Même apprentie, contrat débutant le 15 septembre : 16 jours de présence sur 30. Brut du mois 428,17 €, plafond d'exonération du mois ramené à 497,87 € (même proportion), cotisations salariales 0,00 €, net à payer 428,17 €. Le bulletin d'octobre revient au mois complet.
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Créer ma fiche de paieCe que l'apprenti coûte réellement
Le coût d'un apprenti se calcule en quatre termes : brut + cotisations patronales − réduction générale − aide à l'embauche.
Pour les contrats conclus à compter du 8 mars 2026 et débutant avant le 1er janvier 2027, l'aide de l'État versée la première année est la suivante (décret n° 2026-168 du 6 mars 2026) :
| Situation | Montant (1re année) |
|---|---|
| Diplôme ou titre jusqu'au bac, entreprise de moins de 250 salariés | 5 000 € |
| Diplôme de niveau bac + 2 | 4 500 € |
| Diplôme de niveau bac + 3 à bac + 5 | 2 000 € |
| Apprenti reconnu travailleur handicapé, quelle que soit la taille de l'entreprise | 6 000 € |
L'aide est versée chaque mois par l'Agence de services et de paiement, automatiquement, sur la base des DSN transmises ; les conditions détaillées sont dans notre article sur le salaire de l'alternant et les aides employeur.
Pour Léa (CAP, entreprise de moins de 250 salariés) : aide de 5 000 € la première année, soit 416,67 € par mois.
| Poste | Par mois | Sur 12 mois |
|---|---|---|
| Coût employeur après réduction générale | 850,49 € | 10 205,88 € |
| Aide à l'embauche | − 416,67 € | − 5 000,00 € |
| Coût réel pour l'entreprise | 433,82 € | 5 205,84 € |
Restent hors de ce calcul : la part employeur de la mutuelle, le temps de tutorat et, pour la formation, la prise en charge par l'OPCO au niveau fixé par la branche. Pour situer ce coût, comparez-le à celui d'un salarié au SMIC dans combien coûte un salarié en TPE.
Les pièges de la rentrée
- Confondre les deux régimes. Contrat conclu avant le 1er mars 2025 : seuil de 79 % du SMIC et CSG-CRDS exonérée en totalité. Contrat conclu depuis : seuil de 50 % et CSG-CRDS due au-delà. La date de conclusion du contrat fait foi, pas sa date de début.
- Oublier de proratiser le plafond sur un mois incomplet : brut proratisé mais plafond conservé, c'est une exonération surévaluée.
- Exonérer la mutuelle et la prévoyance. Leur part salariale reste due, sauf dispense écrite de l'apprenti.
- Appliquer une exonération patronale spécifique. Elle n'existe plus dans le secteur privé depuis 2019 : c'est la réduction générale qui s'applique.
- Rater un changement de tranche d'âge ou d'année de contrat. L'âge se regarde au premier jour du mois qui suit l'anniversaire ; l'année de contrat change à sa date anniversaire.
- Mal traiter les heures. Le temps de CFA est rémunéré. Un apprenti mineur ne peut pas travailler plus de 8 heures par jour ni 35 heures par semaine, ne peut effectuer d'heures supplémentaires que sur dérogation de l'inspection du travail et ne travaille pas de nuit.
- Appliquer la déduction forfaitaire spécifique pour frais professionnels (BTP, hôtellerie-restauration…) : elle n'est pas applicable aux apprentis.
- Laisser filer la taxe d'apprentissage. Vérifiez chaque mois le seuil de 6 SMIC et déclarez l'exonération en DSN.
- Prélever à la source sans regarder le cumul annuel. Sous le montant annuel du SMIC, aucun prélèvement n'est dû.
- Oublier les cinq jours de congé pour la préparation des examens (article L6222-35), rémunérés, à positionner dans le mois qui précède les épreuves.
Un doute sur un bulletin déjà établi ?
PaieCheck lit le bulletin, reconstitue chaque ligne au barème de la période et signale les écarts.
Vérifier une fiche de paieQuestions fréquentes
Un apprenti a-t-il une fiche de paie comme les autres salariés ?
Oui. L'apprenti est un salarié à part entière : l'employeur lui remet un bulletin de paie à chaque versement de rémunération, avec les mêmes mentions obligatoires que pour tout salarié. Le bulletin précise la nature du contrat (contrat d'apprentissage), la convention collective applicable et une rémunération exprimée en pourcentage du SMIC ou du minimum conventionnel. Ce qui change, ce sont les lignes de cotisations : la plupart sont à zéro tant que la rémunération reste sous 50 % du SMIC.
Pourquoi le net de mon apprenti est-il égal à son brut ?
Parce que, pour un contrat d'apprentissage conclu depuis le 1er mars 2025, la rémunération est exonérée de la totalité des cotisations salariales d'origine légale et conventionnelle, ainsi que de CSG et de CRDS, dans la limite de 50 % du SMIC en vigueur, soit 933,51 € brut par mois actuellement. Un apprenti payé en dessous de ce seuil ne supporte aucune retenue légale : son net à payer est égal à son brut, à l'exception d'une éventuelle part salariale de mutuelle ou de prévoyance, qui reste due.
Que se passe-t-il quand la rémunération de l'apprenti dépasse 50 % du SMIC ?
Seule la fraction qui excède 50 % du SMIC supporte les cotisations salariales de droit commun, ainsi que la CSG et la CRDS calculées après l'abattement de 1,75 % pour frais professionnels. C'est le cas des apprentis de 26 ans et plus, payés au moins 100 % du SMIC, et de certains apprentis dont le pourcentage ou la convention collective porte le brut au-delà du seuil. Pour les contrats conclus avant le 1er mars 2025, l'ancien régime continue de s'appliquer jusqu'au terme du contrat : exonération jusqu'à 79 % du SMIC et CSG-CRDS totalement exonérée.
L'apprenti doit-il cotiser à la mutuelle d'entreprise ?
Par principe oui : l'exonération de cotisations salariales ne couvre ni la complémentaire santé, ni la prévoyance, ni la cotisation APEC pour un apprenti cadre. L'apprenti peut toutefois demander par écrit une dispense d'adhésion dans les cas prévus aux articles D911-2 et R242-1-6 du Code de la sécurité sociale : cotisation à sa charge au moins égale à 10 % de sa rémunération brute, contrat de moins de 12 mois si l'acte instituant la garantie le prévoit, ou contrat de 12 mois et plus avec justificatif d'une couverture individuelle. Le justificatif est à renouveler chaque année.
Quelles charges patronales sur le salaire d'un apprenti ?
Dans le secteur privé, les cotisations patronales sont celles du droit commun (maladie, vieillesse, allocations familiales, accidents du travail, chômage, retraite complémentaire, contributions diverses), auxquelles s'applique la réduction générale de cotisations (RGDU). Il n'existe plus d'exonération patronale spécifique aux apprentis dans le privé pour les contrats conclus depuis le 1er janvier 2019. Pour un brut inférieur au SMIC, le coefficient de la réduction est à son maximum, ce qui efface l'essentiel de la part employeur. L'employeur qui occupe au moins un apprenti et dont la masse salariale mensuelle ne dépasse pas 6 fois le SMIC mensuel est en outre exonéré de taxe d'apprentissage.
Faut-il appliquer le prélèvement à la source à un apprenti ?
Le salaire d'un apprenti est exonéré d'impôt sur le revenu dans la limite du montant annuel du SMIC (article 81 bis du Code général des impôts), soit 22 184 € pour 2026. Tant que le cumul annuel de sa rémunération reste sous ce plafond, aucun prélèvement à la source n'est effectué. Seule la fraction excédentaire, rare en pratique, est soumise au prélèvement dans les conditions de droit commun.
Comment établir le bulletin en cas d'embauche en cours de mois ?
La rémunération du mois est proratisée en fonction de la période de présence, en comptant les heures passées en centre de formation comme du temps de travail. Le plafond d'exonération de 50 % du SMIC est proratisé dans la même proportion que la rémunération de base, conformément au Bulletin officiel de la Sécurité sociale. Pour une embauche le 15 septembre, l'apprentie de notre exemple perçoit 428,17 € brut et reste entièrement exonérée, le plafond du mois étant ramené à 497,87 €.
Combien coûte réellement un apprenti après l'aide de l'État ?
Le coût réel se calcule ainsi : salaire brut + cotisations patronales − réduction générale − aide à l'embauche. Pour un contrat conclu à compter du 8 mars 2026 et débutant avant le 1er janvier 2027, l'aide de la première année est de 5 000 € pour un diplôme jusqu'au bac dans une entreprise de moins de 250 salariés, 4 500 € pour un bac + 2, 2 000 € pour un bac + 3 à bac + 5 et 6 000 € lorsque l'apprenti est reconnu travailleur handicapé (décret n° 2026-168 du 6 mars 2026). Elle est versée chaque mois par l'Agence de services et de paiement sur la base de la DSN. Pour l'apprentie de 18 ans de notre exemple, le coût mensuel après aide est de l'ordre de 434 €, hors mutuelle et formation.
Sources et textes de référence
-
Code du travail (Légifrance) :
- Article D6222-26 (rémunération minimale en pourcentage du SMIC) et article D6222-34 (changement de tranche d'âge)
- Articles L6222-24 (temps de formation = temps de travail effectif) et L6222-35 (congé pour la préparation des examens)
- Articles L6243-2 et D6243-5 (exonération de cotisations salariales ; plafond de 50 % du SMIC pour les contrats conclus depuis le 1er mars 2025, décret du 28 mars 2025)
- Article L6241-1 (exonération de taxe d'apprentissage) ; articles L3162-1 et suivants (durée du travail des jeunes travailleurs)
-
Code de la sécurité sociale :
- Article L136-1-1 (exclusion de l'assiette CSG-CRDS dans la limite du plafond d'exonération)
- Articles D911-2 et R242-1-6 (dispenses d'adhésion à la complémentaire santé d'entreprise)
-
BOSS et Urssaf :
- BOSS, rubrique « Exonération applicable aux contrats d'apprentissage » — réduction générale pour les employeurs privés, cotisations hors exonération, proratisation du plafond
- Urssaf : embaucher un alternant en contrat d'apprentissage — exonérations, codes types de personnel, effectif
-
Fiscalité :
- Article 81 bis du Code général des impôts (exonération d'impôt sur le revenu dans la limite du SMIC annuel) ; net-entreprises.fr, information du 27 mai 2026 (plafond porté à 22 184 € au 1er juin 2026)
-
Service-Public.fr :
- Taxe d'apprentissage (fiche F22574) — exonération mensuelle : au moins un apprenti et masse salariale inférieure ou égale à 6 SMIC
-
Aides à l'embauche :
- Décret n° 2026-168 du 6 mars 2026 relatif aux aides exceptionnelles aux employeurs d'apprentis (contrats conclus à compter du 8 mars 2026 et débutant avant le 1er janvier 2027)