Depuis le 21 janvier 2024, la branche maroquinerie regroupe trois secteurs.
Le secteur des industries de la maroquinerie concerne les activités liées à la fabrication de sacs à main, de bagages, de portefeuilles, de ceintures, de bracelets de montre, de gainerie, de ganterie, de selles et d'harnachements et autres accessoires. Il se situe au cœur de l'industrie française de la mode et du luxe.
Le secteur des cuirs et peaux rassemble les activités de transformation des peaux brutes en cuirs finis pour la vente à de nombreuses industries (maroquinerie, chaussure, habillement, ameublement, automobile, ganterie…). Les tanneurs produisent chaque année environ 2,5 kt de cuirs finis de bovins et veaux quand les mégissiers produisent plus de 3 millions de peaux finies d'ovins, de caprins et de peaux exotiques.
Le secteur de la cordonnerie multiservice regroupe des entreprises intégrant d'autres activités que la réparation et la rénovation d'articles en cuir ou composés de matériaux souples tels que les chaussures, sacs, vêtements, accessoires, la duplication de clés, la fabrication de tampons, l'imprimerie, le nettoyage de chaussures, et même parfois la vente de petits articles de maroquinerie et/ou de chaussures.
La branche regroupe 2 248 entreprises et 2 842 établissements en 2024. Elle comptabilise 44 970 salariés en 2023 (site de l'observatoire compétences industrie – OPCO 2i).
L'ensemble des organisations professionnelles d'employeurs et des organisations syndicales représentatives ont participé aux négociations.
La branche souhaite mettre en œuvre un accord « mesures d'urgence » pour soutenir l'emploi et la formation professionnelle de la branche. Elle souhaite en effet accompagner les entreprises confrontées à des difficultés économiques conjoncturelles dans leurs démarches de formation des salariés pour favoriser le maintien et le développement de leurs compétences.
Deux des secteurs connaissent en effet un ralentissement de leur activité économique.
Secteur des industries de la maroquinerie
2024 a été une année où les exportations de produits français de maroquinerie ont marqué le pas.
En effet les exportations marquent une faible augmentation en passant de 12,7 MM d'euros en 2023 à 13 MM d'euros en 2024 soit une hausse limitée à 2,33 % consécutive à la baisse de la Chine et de Hong Kong – 3 %, Singapour – 50 %.
Les États-Unis progressent seulement de 4 % et le Japon performe avec une croissance de + 273 %.
La croissance des importations de produits de maroquinerie en France est à l'instar des exportations limitée à 4 % soit 4,66 MM d'euros en 2024 contre 4,49 MM d'euros en 2023.
Les importations en provenance de Roumanie, d'Espagne et du Portugal progressent respectivement de 36, 24 et 29 %.
Les deux pays les plus importants en termes d'importation de produits de maroquinerie en France, la Chine et l'Italie affichent respectivement – 2 % et + 3 %.
Depuis début 2025 et jusqu'à fin mars les chiffres en maroquinerie confirment un ralentissement certain tant à l'export (croissance à 0 %) qu'à l'import – 5 %.
Face à ce contexte économique, il est donc nécessaire de poursuivre l'adaptation en cours des dispositifs de fabrication des produits de maroquinerie dans les entreprises. Ces changements nécessitent, dans l'intérêt des entreprises et de leurs salariés d'innover et de s'adapter afin de :
– maintenir l'attractivité des métiers de la maroquinerie ;
– défendre l'emploi en assurant un recours large aux dispositifs de formation permettant le développement des compétences et des qualifications ;
– aider les entreprises de la filière à anticiper les évolutions nécessaires des processus et des compétences afin de s'adapter plus facilement au nouveau contexte de production dans le cadre d'une réindustrialisation de production en France ;
– favoriser la transmission des savoir-faire spécifiques à la branche de la maroquinerie.
Ces objectifs se traduisent essentiellement par :
– l'intégration dans les entreprises de l'ensemble des outils numériques (logiciel de gestion de données techniques, de prise de commande, power bi…) afin d'optimiser les délais d'industrialisation, de faciliter de nouvelles méthodes de travail (à distance), de sécuriser les données techniques ;
– l'exploitation du potentiel de l'intelligence artificielle au sein des entreprises ;
– une interaction renforcée avec les partenaires professionnels en présentant notamment à distance les produits de façon virtuelle, sur les supports digitaux ou des showrooms virtuels ;
– la réindustrialisation en France des accessoires des produits de maroquinerie qui nécessitent des formations spécifiques ;
– la réorientation de certaines productions suspendues en raison du contexte économique vers des productions plus porteuses dans d'autres secteurs de l'industrie de la maroquinerie ;
– la prise en compte de la transition écologique (fortes évolutions réglementaires et attentes des consommateurs).
Secteur de l'industrie des cuirs et peaux
L'Europe reste la principale destination avec 67 % des exportations en valeur, en hausse de 3 % par rapport à l'année précédente.
L'Italie et le Portugal sont les deux principaux clients de la France, avec des exportations en hausse respectives de 9 % et 23 %.
Les exportations dans le reste du monde – Afrique (17 %) principalement en Tunisie et au Maroc où sont délocalisés de nombreux produits finis – Asie (14 %), Amérique (2 %) – enregistrent un net recul.
Mais, c'est surtout vers la Chine que la chute est spectaculaire (– 44 % par rapport à 2023) pour revenir au niveau de 2022.
Les exportations par types de cuirs (bovins, veaux, exotiques) reculent respectivement de 10 %, 7 % et 20 %, sauf celles issues d'ovins (+ 5 %), par rapport à 2023.
En 2024, les importations françaises de cuirs simplement tannés et de cuirs finis, enregistrent un recul de 7 %, après une hausse de 12 % entre 2022 et 2023.
Elles s'élèvent au total à 519,5 millions d'euros, niveau supérieur à celui de 2022.
L'Europe fournit 82 % des cuirs finis importés.
Les trois principaux fournisseurs de la France que sont l'Italie (49 %), l'Espagne et Singapour diminuent respectivement de 7 %, 18 % et 22 %.
Les importations par types de cuirs (bovins [158 millions d'euros soit 1/3 des importations], ovins, caprins, reptiles) affichent un net repli respectivement de 5 %, 9 %, 5 % et 21 % en 2024.
Seule la demande pour les peaux finies de veaux (1/4 des importations) reste forte, avec une valeur de 131 millions d'euros, en hausse de 13 %.
La conjoncture au 1er semestre 2025
(1)
ne s'améliore pas en comparaison du 1er semestre 2024.
On constate une baisse du chiffre d'affaires de – 15,3 %, consécutive à une baisse de la production de cuirs et peaux finis de bovins (– 16,3 %) et de veaux (– 0,5 %) malgré une hausse pour les ovins (+ 9,1 %) et les caprins (+ 7,2 %).
Les importations s'améliorent (+ 7 %) tandis que les exportations chutent (– 4 %).
Dans ce contexte économique défavorable, les entreprises doivent :
– se montrer résilientes face à la concurrence mondiale ;
– trouver de nouveaux débouchés en cas de dépendance au luxe et de nouveaux marchés ;
– absorber ou réduire le coût élevé de l'énergie, des peaux brutes, des agents tannants ou colorants ;
– continuer leur modernisation en équipements, en logistique, dans le traitement des eaux, la gestion des déchets ;
– répondre aux évolutions réglementaires, à la demande des donneurs d'ordre et des consommateurs d'obtenir un cuir de qualité, durable, écoresponsable (sollicitant moins de produits chimiques et moins d'eau), traçable et si possible labelisé ;
– recruter si possible des jeunes pour remplacer les salariés expérimentés partis ou sur le point de partir à la retraite et des profils formés à la chimie verte, à la traçabilité numérique, à la maintenance industrielle, pour pourvoir aux métiers en tension ;
– penser l'attractivité des métiers de la tannerie mégisserie.
Face à ces enjeux, elles doivent investir dans la formation professionnelle pour :
– préserver et transmettre les savoir-faire ;
– développer les compétences et les qualifications ;
– adapter les emplois aux évolutions technologiques ou sociales auxquelles ils sont confrontés ;
– adapter les emplois aux transitions numériques et écologiques ;
– former les encadrants pour mieux déployer la vision stratégique de l'entreprise ;
– former les formateurs pour améliorer la transmission dans un contexte d'absence de formation initiale spécifique au métier de tanneur, à part pour le diplôme d'ingénieur cuir ou formulateur coloriste.
Le développement des CQP et CQPI est en cours et se montre déjà à la hauteur des enjeux.
Ainsi, le contexte économique de ces 2 secteurs et le témoignage d'entreprises suite à des enquêtes menées par la FFM et la FFTM en juin/juillet 2025 permettent de constater l'importance de prendre des mesures pour la défense de l'emploi via la formation professionnelle.
Les partenaires sociaux de la branche maroquinerie, pour ces 2 secteurs (industries maroquinerie et industrie cuirs et peaux), souhaitent mettre en œuvre un nouvel accord « mesures d'urgence ».
Cet accord fait donc suite à l'accord portant sur les mesures d'urgence du 14 octobre 2020 puis son avenant du 18 juillet 2022 qui avaient contribué à préserver la compétitivité des entreprises et au renforcement des compétences des salariés.
(1) Source note de conjoncture janvier – mai 2025 : observatoire économique Alliance France cuir.