Par le présent avenant, les parties signataires entendent compléter et renforcer le dispositif issu de l'accord du 21 février 2025 relatif à des mesures urgentes en faveur de l'emploi et de la formation professionnelle dans le secteur de la métallurgie d'Eure-et-Loir, en l'adaptant à la nouvelle donne économique et aux contraintes sectorielles avérées résultant de tendances lourdes qui commencent à produire des effets au plan macro-économique.
À cet égard, tandis que les entreprises métallurgiques dont l'activité a pour objet la construction automobile, la construction de machines agricoles, les activités liées au bâtiment et à la construction, consiste dans la fabrication, ou encore la fourniture de biens ou de services destinés directement ou indirectement à une entreprise opérant dans l'un de ces trois secteurs, continuent à subir une érosion de leur activité et, partant, de leurs effectifs, un quatrième secteur d'activités suscite désormais l'attention.
Les parties signataires sont ainsi conscientes de la particulière exposition des entreprises dont l'activité est en lien avec le secteur de la distribution généraliste et spécialisée, le risque étant que des entreprises opérant dans ce secteur, même de manière non exclusive, ne soient pas couvertes par l'accord du 21 février 2025, dès lors qu'elles ne travailleraient pas en lien avec l'un des trois secteurs couverts par ledit accord et précédemment rappelés.
C'est pourquoi les parties signataires ont pris l'initiative, à l'occasion du suivi régulier de l'accord, d'une extension de son champ d'application, visant à permettre à ces acteurs économiques, également confrontés à des difficultés affectant l'emploi et les compétences, de bénéficier des mesures urgentes définies par l'accord.
Pour ce faire, elles ont procédé à un diagnostic partagé ayant débouché sur la formalisation du présent avenant.
Réalisation du diagnostic partagé préalable
1. Éléments conjoncturels
Un diagnostic quantitatif et qualitatif portant sur la situation économique et de l'emploi dans les entreprises de la métallurgie relevant directement ou indirectement d'activités liées à la chaîne de valeur de la distribution généraliste ou spécialisée, a été réalisé conjointement par les partenaires sociaux le 21 mai 2026 au cours de la négociation du présent avenant à l'accord du 21 février 2025 à des « mesures urgentes en faveur de l'emploi et de la formation professionnelle ».
Il fait ressortir les principaux éléments suivants :
Dans un contexte économique tendu marqué par l'inflation et la pression sur les marges, le commerce français présente un certain nombre de signaux faibles, et se trouve marqué, singulièrement depuis la période 2023-2025 par des transformations profondes.
Selon le dernier rapport de la fédération du commerce et de la distribution (FCD), il s'avère que le secteur pèse 40 % des dépenses effectives des ménages. Ce chiffre permet d'appréhender plus largement l'impact des évolutions affectant le secteur de la distribution générale (GSA) ou spécialisée, sur l'ensemble de la chaîne de valeur.
Il en va ainsi de l'ensemble des interactions que l'Industrie peut avoir avec le secteur, qu'il s'agisse de la fourniture de produits finis, comme de la fourniture de produits ou de services destinés à la création de magasins, de rénovations de type « changement de concept » ou « remodelling », de livraison de rayonnages et mobiliers, de fourniture d'éclairage, de froid commercial, d'équipements techniques, de maintenance, de manutention ou d'équipement de plateformes logistiques.
Par ailleurs le marché français du bricolage (GSB) a, sur la base des données fournies par la fédération des magasins de bricolage, chuté de 4,3 % en 2024 (soit un recul d'environ 1 milliard d'euros de ventes), et encore de 2,7 % en 2025.
Pour faire face, les enseignes ont engagé des baisses de stock, une rationalisation des fournisseurs, une concentration des achats, une réduction des références, de même qu'une pression tarifaire accrue, voire parfois une internationalisation des achats.
Les restructurations en cours dans la grande distribution française (fermetures de magasins, disparition d'enseignes, réduction des formats hypermarchés et GSB, montée de la franchise et arbitrages budgétaires) entraînent ainsi une contraction estimée entre 2 et 4 milliards d'euros par an des investissements physiques du secteur.
On notera par exemple la disparition sur un an entre mars 2025 et mars 2026 :
– de 108 points de vente supermarchés (dont 77 sur la seule période février-mars 2026) ;
– de 15 points de vente hypermarchés (dont 5 sur la seule période février-mars 2026).
Ce qui se traduit au global pour la GSA, compte tenu en parallèle des réductions de formats, par une perte sur un an de plus de 251 900 m2 (dont plus de 116 000 sur la seule période février-mars 2026).
On notera de même, en dépit d'une érosion plus faible du nombre de points de vente en GSB (légère progression sur 1 an et perte de 4 points de vente sur février-mars 2026), une perte sur un an de près de 34 000 m2, dont plus de 11 000 sur la seule période février-mars 2026.
La baisse estimée des investissements physiques sur la période 2023-2025 est aujourd'hui estimée entre – 20 % à – 35 % dans la grande distribution généraliste (GSA), et entre – 25 % et – 45 % dans la grande distribution spécialisée, avec en tête le bricolage (GSB), l'ameublement et le textile.
Pour les filières industrielles liées à l'équipement des magasins et à l'agencement (métallurgie, tôlerie, mobilier commercial, présentoirs, éclairage, agencement, manutention, froid, maintenance), l'impact économique peut être estimé au plan national entre 600 millions et 1,5 milliard d'euros de commandes annuelles en moins, exposant potentiellement plusieurs milliers d'emplois industriels en France.
Pour les filières industrielles liées à la fabrication de produits destinés au bricolage et à l'habitat, la baisse du chiffre d'affaires constaté entre 2024 et 2025 est estimé de 5 à 12 %, soit entre 350 et 700 millions d'euros.
En Eure-et-Loir, on peut estimer entre 100 et 150 le nombre d'entreprises industrielles relevant des codes APE visés par l'accord du 21 février 2025 et opérant de près ou de loin dans la chaîne de valeur de la distribution généraliste ou spécialisée, avec potentiellement de 1 500 à 2 000 salariés concernés, peu important la part d'activité dédiée au secteur.
Sur un plan plus général il est intéressant de noter que tout en s'établissant à un niveau inférieur la moyenne régionale, le taux de chômage en Eure-et-Loir a progressé en 1 an, entre fin 2024 et fin 2025, passant de 6,9 % à 7,2 %. Deux bassins d'emplois demeurent moins touchés (Chartres à 6,5 % et Nogent-le-Rotrou à 6,9 %, toutefois en augmentation respectivement de 0,4 points et de 0,3 points sur la période de comparaison) et à l'inverse deux autres sont toujours plus durement touchés (Châteaudun à 7,1 %, qui demeure stable, et Dreux à 8,1 %, en augmentation de 0,4 points sur la période).
2. Évolution des métiers
Dans le contexte rappelé ci-dessus, il apparaît indispensable de préserver les compétences au sein des entreprises, et ceci à double fin de limiter au maximum les licenciements au cours de la période de crise traversée et de disposer des ressources nécessaires au moment de la reprise, de manière à ne pas subir la concurrence, y compris étrangère, de ceux qui seraient parvenus à maintenir leurs compétences.
Les enjeux identifiés au titre de l'accord du 21 février 2025 en particulier au sein de la filière automobile, peuvent être transposés au champ de la chaîne de valeur de la distribution généraliste ou spécialisée. C'est ainsi que l'accompagnement des transitions énergétique, écologique et numérique constitue une opportunité non négligeable qui ne saurait pour autant aboutir, sans une transformation profonde des modes de fabrication, d'approvisionnement et d'installation, susceptibles de constituer des avantages concurrentiels pour les entreprises de la branche qui s'en saisiraient. Cette transformation en passe nécessairement par des formations adaptées permettant de répondre de manière plus efficiente aux besoins du secteur et d'envisager les diversifications nécessaires à l'adaptation des entreprises à la crise.
Les partenaires sociaux signataires du présent diagnostic partagé réaffirment donc leur ambition de soutenir les entreprises dans le développement de la formation professionnelle, afin d'aider les salariés et leurs employeurs à faire face aux graves difficultés auxquelles elles sont confrontées, et d'adapter les compétences et qualifications aux défis technologiques, environnementaux et organisationnels en cours et à venir.