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Texte officiel · en vigueur depuis le 1er avril 2026Préambule
Par cet accord, les parties signataires manifestent leur attachement et volonté commune de préserver l'emploi et le développement du tissu industriel territorial en déployant des outils dans le cadre du dialogue social.
Il est constaté que certaines entreprises relevant de la métallurgie sur le territoire de l'Eure sont impactées par une baisse d'activité ayant pour conséquence une diminution de la charge de travail des salariés.
Cet accord s'inscrit dans le cadre de l'article 88 de l'accord national du 8 novembre 2019 relatif à l'emploi, à l'apprentissage et à la formation professionnelle dans la métallurgie.
Les parties signataires démontrent leur capacité à s'entendre pour s'adapter à leur environnement au contexte économique, ainsi que leur capacité à accompagner le maintien et le développement des compétences des salariés pour répondre aux besoins des entreprises et anticiper les besoins de compétences et qualification de demain.
L'objectif est de définir conjointement des mesures urgentes en faveur de l'emploi et de la formation professionnelle en vue d'accompagner les entreprises du secteur de la métallurgie, confrontées à de graves difficultés économiques conjoncturelles, en accordant une attention particulière aux TPE et PME (88 % des entreprises adhérentes ont moins de 50 salariés).
À travers ces mesures, les parties signataires s'attachent à :
– sécuriser l'emploi local et accompagner les entreprises de la métallurgie du territoire dans la préservation de l'emploi et l'adaptation aux mutations économiques, technologiques et environnementales, en mobilisant pleinement les dispositifs de la formation professionnelle, tout en maintenant un haut niveau d'échanges avec l'ensemble des acteurs de la formation du territoire ;
– anticiper au mieux la reprise d'activité dans les entreprises concernées en mettant à profit les périodes de sous-activité pour intégrer les enjeux liés à l'évolution des métiers ;
– soutenir le maintien, le développement et l'évolution des compétences et des qualifications des salariés, en particulier par le recours à des formations qualifiantes et certifiantes de branche, tout en sécurisant les parcours professionnels des publics les plus fragilisés ;
– renforcer la capacité des entreprises, notamment des TPE-PME, à s'adapter, se diversifier et accéder à de nouveaux marchés. Ces actions contribuent ainsi à la compétitivité et à l'attractivité durable de la métallurgie du territoire.
Réalisation du diagnostic préalable
Un diagnostic quantitatif et qualitatif portant sur la situation économique et de l'emploi dans le secteur de la métallurgie a été partagé par les partenaires sociaux au cours de la négociation du présent accord. Il fait ressortir les principaux éléments suivants :
I. Diagnostic partagé – Éléments de contexte national
1. Une filière majeure de l'économie nationale
La métallurgie constitue l'un des piliers structurants de l'économie industrielle française. Elle représente environ 41 900 entreprises sur l'ensemble du territoire et emploie près de 1,5 million de salariés, dont 93 % sont en contrat à durée indéterminée, traduisant un fort ancrage dans l'emploi durable.
Cette filière se caractérise par un large spectre d'activités, couvrant notamment les secteurs de la mécanique, de l'aéronautique, de l'automobile, du ferroviaire, de l'électronique et de la sidérurgie. Elle joue un rôle central dans les chaînes de valeur industrielles nationales et européennes, en tant que fournisseur clé de pièces, d'équipements et de solutions technologiques.
2. Conjoncture du marché du travail : tensions atténuées mais persistantes
Après avoir atteint un point haut en 2022, les tensions de recrutement dans l'industrie se sont progressivement atténuées, tout en demeurant à un niveau élevé. Début 2024, environ 53 % des employeurs du secteur secondaire déclarent encore rencontrer des difficultés de recrutement, malgré cinq trimestres consécutifs de recul de cet indicateur.
Le ralentissement macroéconomique observé fin 2023 et en 2024 – marqué par une inflation durable et une activité économique atone – a entraîné une réduction des créations nettes d'emplois industriels. Toutefois, le nombre de postes vacants demeure significatif, en particulier sur les métiers techniques et qualifiés.
Dans ce contexte, la branche métallurgie anticipe environ 200 000 recrutements par an, liés à la fois à l'entrée des jeunes sur le marché du travail, aux transitions et reconversions professionnelles, ainsi qu'au remplacement des départs à la retraite, soulignant l'importance stratégique du renouvellement de la main-d'œuvre.
3. Le rôle clé de la formation et de l'alternance
Face à ces enjeux, la formation professionnelle et l'alternance constituent des leviers majeurs d'adaptation et de sécurisation des parcours. En 2024, 97 089 contrats d'alternance ont été conclus dans les industries accompagnées par l'OPCO 2i, dont une part très significative dans la métallurgie, avec une prédominance de l'apprentissage.
Les PME et TPE industrielles, qui constituent le tissu majoritaire de la filière, représentent environ 50 % des bénéficiaires des actions de formation, mettant en évidence le rôle essentiel du soutien à ces entreprises pour maintenir la compétitivité et l'employabilité des salariés.
4. Un secteur sous pression mais résilient
L'analyse sectorielle nationale de décembre 2024 met en lumière une situation contrastée. Certaines filières de la métallurgie, telles que la forge, l'emboutissage ou encore la construction métallique, connaissent des niveaux d'activité partielle encore élevés, en lien avec une contraction des carnets de commandes.
La baisse de la demande dans des secteurs clients structurants – notamment l'automobile (– 15 %) et la construction (– 10 %) – pèse sur l'activité globale. Néanmoins, la filière fait preuve de résilience, avec un redémarrage progressif soutenu par les exportations et par la montée en puissance de technologies innovantes (industrialisation de nouveaux procédés, transition écologique, automatisation et numérisation des outils de production).
5. Enjeux nationaux identifiés
Dans ce contexte national, plusieurs enjeux structurants se dégagent :
– une stagnation de l'activité industrielle limitant les capacités de créations nettes d'emplois à court terme ;
– des tensions persistantes sur les métiers techniques et industriels, malgré une légère détente récente ;
– un besoin urgent de renouvellement et d'adaptation des compétences, lié aux départs massifs à la retraite, à l'évolution des métiers et à la modernisation des outils et procédés industriels.
Ces constats partagés à l'échelle nationale constituent un cadre de référence essentiel pour l'analyse territoriale et la définition de mesures urgentes et ciblées en faveur de l'emploi, adaptées aux réalités départementales, notamment dans le département de l'Eure.
II. Diagnostic partagé – Éléments de contexte régional en Normandie
1. Poids et structuration de l'industrie normande
La Normandie se distingue comme l'une des premières régions industrielles françaises, tant par l'importance de son tissu productif que par le poids de l'industrie dans son économie. L'industrie représente environ 19 % du produit intérieur brut régional, contre 10 à 11 % en moyenne au niveau national, confirmant le rôle structurant de ce secteur dans le développement économique régional.
La région compte plus de 200 000 emplois industriels, soit près de 16 % de l'emploi salarié régional, avec une forte présence des activités de la métallurgie et des industries de transformation des métaux, en lien étroit avec les filières automobile, construction, énergie et équipements industriels. Ce positionnement confère à la Normandie une exposition accrue aux évolutions conjoncturelles de l'industrie nationale et européenne.
2. Une conjoncture industrielle régionale en repli
Dans un contexte économique globalement ralenti, la dynamique industrielle normande s'est dégradée. Au troisième trimestre 2025, l'activité industrielle régionale recule de – 1,2 % sur un an, impactant particulièrement la production de biens métalliques.
Cette contraction se traduit par des carnets de commandes jugés insuffisants pour une part significative des entreprises industrielles, limitant leur visibilité à court terme et leur capacité à maintenir un niveau d'activité soutenu. Les entreprises normandes sont directement affectées par la baisse de la demande dans des secteurs clients majeurs, notamment :
– le secteur automobile, en recul d'environ – 15 % ;
– le secteur de la construction, en baisse d'environ – 10 %.
Ces évolutions s'inscrivent dans une tendance comparable à celle observée au niveau national, mais leurs effets sont amplifiés en Normandie du fait du poids structurel de ces filières dans l'économie régionale.
3. Évolutions de l'emploi et tensions sur le marché du travail
Les difficultés conjoncturelles rencontrées par l'industrie et la construction ont eu un impact direct sur l'emploi salarié régional. Au quatrième trimestre 2024, l'emploi salarié dans la construction et l'industrie en Normandie a reculé de 0,3 %, évolution qui concerne également le département de l'Eure.
Parallèlement, la région demeure confrontée à un taux de chômage structurellement élevé, estimé autour de 7,3 %, supérieur à la moyenne nationale. Cette situation traduit une inadéquation persistante entre l'offre et la demande de travail, en particulier sur les métiers industriels techniques et qualifiés, alors même que certains publics restent éloignés de l'emploi.
4. Facteurs explicatifs et enjeux régionaux
Le recul observé de l'activité et de l'emploi industriels en Normandie s'explique par plusieurs facteurs convergents :
– un contexte économique national et international ralenti, pesant sur la demande et l'investissement ;
– des secteurs particulièrement exposés aux cycles économiques, tels que la construction et l'industrie manufacturière ;
– un renouvellement des compétences encore insuffisant, au regard des besoins liés aux évolutions technologiques, à la transition écologique et aux départs à la retraite.
Dans une région où l'industrie constitue un levier essentiel de cohésion économique et territoriale, ces constats soulignent la nécessité de mesures coordonnées et renforcées en matière d'emploi, de formation et d'attractivité des métiers industriels. Ils justifient pleinement la mise en œuvre d'actions urgentes et ciblées, adaptées aux spécificités territoriales, afin de soutenir l'activité des entreprises, sécuriser les parcours professionnels et répondre aux besoins en compétences.
III. Diagnostic partagé – Affinage du contexte départemental : le département de l'Eure
1. Un territoire industriel majeur, fortement exposé aux cycles économiques
Le département de l'Eure, 7e département industriel français, repose sur un tissu dense d'entreprises industrielles, et plus particulièrement métallurgiques, majoritairement positionnées sur des marchés cycliques (automobile, bâtiment, sous traitance industrielle). Cette spécialisation constitue à la fois un atout structurel et un facteur de vulnérabilité accrue en période de ralentissement économique.
Les difficultés conjoncturelles observées depuis 2024 se traduisent aujourd'hui par une dégradation tangible de la santé économique des entreprises, confirmée par les données issues de l'enquête de conjoncture UIMM Eure – T3/T4 2025.
2. Santé économique des entreprises : un chiffre d'affaires en voie de normalisation, sans véritable reprise
Les résultats de l'enquête mettent en évidence une évolution contrastée du chiffre d'affaires des entreprises industrielles du département.
• Situation constatée au T3 2025 :
– 38 % des entreprises déclarent un chiffre d'affaires qui se stabilise ;
– 38 % font état d'une dégradation de leur activité ;
– 24 % seulement observent une amélioration.
Ces données traduisent une situation encore fragile, marquée par un équilibre instable entre stabilisation et recul de l'activité.
• Prévisions pour le T4 2025 :
Les anticipations des entreprises pour le quatrième trimestre 2025 confirment l'absence de dynamique de reprise franche :
– la part des entreprises anticipant une stabilisation du chiffre d'affaires progresse fortement pour atteindre 51 % (+ 13 points) ;
– les situations de dégradation restent quasi inchangées (37 %, – 1 point) ;
– en revanche, la part des entreprises anticipant une amélioration recule fortement, à 11 % (– 13 points).
Ces éléments traduisent une normalisation du niveau d'activité, mais sans perspectives de croissance, avec un essoufflement marqué des signaux positifs.
3. Conséquences directes sur l'activité et l'emploi dans l'Eure
Cette évolution du chiffre d'affaires confirme et précise les constats déjà observés sur le terrain :
– un ralentissement durable des commandes, notamment pour les entreprises de sous traitance automobile autour d'Évreux et Gaillon, ainsi que pour les activités liées au bâtiment et aux structures métalliques ;
– une forte variabilité mensuelle de l'activité, rendant la gestion des effectifs et des compétences particulièrement complexes ;
– un risque accru de recours à l'activité partielle, utilisé comme variable d'ajustement face à l'incertitude économique.
L'absence de perspectives d'amélioration à court terme limite les capacités des entreprises à se projeter, à sécuriser les emplois existants et à engager des recrutements, malgré des besoins structurels toujours présents.
4. Emploi et compétences : des fragilités structurelles accentuées par la conjoncture
Dans ce contexte économique tendu, les fragilités structurelles du marché du travail eurois sont renforcées. Territoire industriel vieillissant, l'Eure est confrontée à une triple difficulté :
– une pénurie persistante de compétences sur les métiers techniques, malgré le ralentissement de l'activité ;
– un renouvellement insuffisant de la main-d'œuvre, lié aux départs à la retraite et à une attractivité encore limitée des métiers industriels ;
– un besoin accru de formations locales et opérationnelles, mobilisant pleinement les acteurs existants (lycées techniques et professionnels, CFAI, organismes de formation).
Les périodes de crise ont pour effet d'exacerber les tensions sur l'emploi et les compétences : gel des recrutements, reports d'entrées en formation, fragilisation des parcours professionnels et risques de décrochage pour certains publics.
5. Enjeux départementaux renforcés par les données de conjoncture
L'analyse croisée des données économiques et de l'emploi fait apparaître des enjeux prioritaires pour le département de l'Eure :
– prévenir les ruptures d'emploi dans un contexte de stabilisation fragile de l'activité ;
– accompagner les entreprises confrontées à une absence de visibilité, en sécurisant leurs effectifs et leurs compétences ;
– maintenir l'effort de formation et d'alternance, malgré le ralentissement conjoncturel, afin d'éviter un décrochage durable ;
– déployer rapidement des réponses collectives et coordonnées, associant acteurs économiques, partenaires sociaux et institutions publiques.
Les données de l'enquête UIMM Eure T3/T4 2025 confirment ainsi la nécessité de mesures urgentes, ciblées et territorialisées, visant à soutenir l'emploi industriel, sécuriser les parcours professionnels et préparer les compétences de demain dans le département de l'Eure.