Ayant constaté les conséquences de la crise du secteur de la construction dont dépendent notamment économiquement les entreprises fabriquant des éléments préfabriqués en béton pour la construction : 23. 61Z (voir en annexe 1 les activités concernées), les parties signataires affirment la nécessité de les accompagner par la conclusion de cet accord dans le champ de la CCN des Industries de carrières et matériaux de construction du 6 juillet 2022 (code IDCC 3249).
L'objectif du présent texte est de permettre l'activation du dispositif mesures d'urgence en matière d'emploi et de formation professionnelle en faveur des entreprises de ce secteur d'activité qui sont confrontées à de graves difficultés économiques conjoncturelles au sens du code du travail (art. L. 1233-3 : repris en annexe 3).
À travers ces mesures, les parties signataires s'attachent à :
– préserver les compétences et les savoir-faire liés aux formations techniques cœurs de métier spécifiques à l'industrie du béton ;
– accompagner les évolutions d'emploi, notamment liées aux technologies digitales, la transition écologique et numérique et les réglementations environnementales ;
– soutenir socialement et économiquement les entreprises concernées confrontées à la baisse du marché du secteur de la construction ;
– poursuivre le développement de la responsabilité sociétale des entreprises.
• Réalisation d'un diagnostic préalable (en annexe 2) :
Afin de préparer la négociation de cet accord, les partenaires sociaux avec le soutien de l'OPCO 2i ont souhaité établir un diagnostic quantitatif et qualitatif portant sur la situation économique des entreprises du secteur de l'industrie du béton, lequel a été présenté successivement les 10 et 17 octobre 2024 ainsi que le 28 novembre 2024 aux partenaires sociaux (CPPNI et CPNE-FP).
Cette enquête confiée au cabinet Xerfi Specific a porté sur :
– l'accès des entreprises aux différents dispositifs de soutien ;
– l'anticipation de leur ralentissement d'activité sur 2024 et 2025 ;
– les enjeux en matière de formation ;
– leurs besoins en formation et d'accompagnement en matière d'emploi et de compétences.
Éléments conjoncturels
Plusieurs éléments conjoncturels incitent les partenaires sociaux à négocier un accord portant sur les mesures d'urgence en matière d'emploi et de formation professionnelle.
Le secteur du BTP connaît une situation très contrastée, entre le contexte préoccupant du bâtiment et celui mieux orienté des travaux publics, qui peine cependant à maintenir sa dynamique.
Cette crise se traduit par un effondrement des mises en chantier de – 14,2 % en 2024 (après – 24,9 % en 2023) pour atteindre un plancher historique de 253 000 unités. L'individuel s'effondre de – 23,7 % (pour atteindre moins de 100 000 logements) et le collectif s'établit à – 6,9 % grâce à des programmes de rachat d'une partie des stocks des promoteurs par CDC Habitat et par Action Logement.
Les autorisations en 2024 s'inscrivent sur une tendance baissière de moins de 10 %, (pour rappel, en 2023 : – 24,1 %), autant de chantiers qui ne verront pas le jour en 2025. Il est clair que le volume est bien insuffisant pour répondre aux besoins et réduire le déficit chronique de logement. Quant au non résidentiel neuf en volume, il fléchit en 2024, de – 7,4 %. Les surfaces mises en chantier de bâtiments non résidentiels ont reculé de – 10 % en 2024, soit un point bas historique depuis l'origine de la série en 1986.
Selon les résultats issus de l'enquête ESANE pour l'année 2022, l'excédent brut d'exploitation des entreprises relevant du code NAF 236.1 Z – Fabrication d'éléments en béton pour la construction – s'élève à 332,4 millions d'euros et le résultat net comptable est de – 206 millions d'euros. Cet indicateur devrait encore se dégrader compte tenu de la diminution des volumes en 2023 et 2024.
Conséquences sur les activités de l'industrie du béton
Données en volume de l'industrie du béton
Pour l'année 2024, l'activité – en volume – de l'Industrie du béton, devrait connaître un retrait compris entre – 13 % à – 15 % par rapport à 2023, France entière, après une baisse de près de 10 % en 2023.
Données sur le chiffre d'affaires de l'industrie du béton
(Graphique non reproduit, consultable en ligne sur le site Légifrance, rubrique Bulletins officiels des conventions collectives, page 172.)
https://www.legifrance.gouv.fr/download/file/pdf/boc_20250031_0000_0024.pdf/BOCC
En 2023, le chiffre d'affaires a baissé de 3 % par rapport à 2022.
Pour 2024, il devrait poursuivre sa baisse de 14 % environ par rapport à l'année précédente.
Perspectives 2025
En 2025, la crise s'installe dans le secteur du bâtiment et la situation restera dégradée.
Le recul des autorisations se répercuterait sur les mises en chantier, qui se contracteraient de – 5,6 % en 2025. Ainsi, le nombre de logements commencés crèverait son plancher historique pour retrouver le niveau de 1953.
Quant aux surfaces mises en chantier de non-résidentiel, elles seront en retrait – 6,5 % en 2025 par rapport à l'année précédente.
Pour les travaux publics, les perspectives d'activité pour 2025 restent très incertaines. L'activité en 2025 est estimée à – 0,8 % en valeur.
Dans un contexte où le secteur du bâtiment sera de nouveau fortement impacté par la crise du logement, et que le secteur des travaux publics connaîtra un fléchissement, l'activité de l'année 2025 de l'industrie de la préfabrication en béton sera orientée à la baisse, autour de – 5 %, avec le secteur du bâtiment davantage en retrait.
La conséquence de cette situation est la fragilisation de la chaîne de valeur et l'augmentation des défaillances d'entreprises, impactant l'ensemble du secteur du bâtiment.
2025 sera la troisième année consécutive de baisse d'activité.
En parallèle, le secteur de l'Industrie du béton est confronté à des difficultés de recrutement portant notamment sur les agents et techniciens de maintenance mais aussi les agents de préfabrication, les chefs d'équipe, les pilotes d'installations et les techniciens de bureaux d'étude (cf. diagnostic en pièce jointe). Ce secteur craint une perte de compétences sur ces métiers en tension.
Les enjeux en matière de formation
Les partenaires sociaux ont estimé nécessaire de mettre en place un accord portant sur les mesures d'urgence en matière d'emploi et de formation afin que les entreprises concernées puissent poursuivre leurs actions de formation dans un contexte très incertain et complexe.
Ils ont souhaité également prioriser les formations cœur de métier du secteur dans l'ordre suivant :
– en première position, ils ont souhaité valoriser les 5 certificats de qualification professionnelle de l'industrie du béton ;
– en seconde position, les formations dites « cœurs de métiers » liées à la production des produits en béton de l'industrie du béton ;
– en troisième position, les formations dites transversales portant notamment sur l'accompagnement de la promotion et des reconversions interne (s), la transmission des savoirs, le développement du tutorat, la culture de la prévention sécurité.