La réforme historique de la métallurgie
La convention collective nationale de la métallurgie (IDCC 3248) est le fruit d'une réforme sans précédent dans l'histoire sociale française. Signée le 7 février 2022 entre l'UIMM (Union des Industries et Métiers de la Métallurgie) et les organisations syndicales, elle remplace 76 conventions territoriales et accords distincts par un texte unique applicable à l'ensemble du secteur.
Cette réforme concerne 1,5 million de salariés répartis dans environ 42 000 entreprises couvrant des domaines aussi variés que la fonderie, l'optique, l'armement, la construction navale, l'automobile, les équipements industriels ou encore la mécanique de précision.
- 1er janvier 2023 : dispositions relatives à la protection sociale (prévoyance, frais de santé)
- 1er janvier 2024 : nouvelle classification unique et grille des salaires minimaux hiérarchiques
L'enjeu principal de cette convention est l'harmonisation : un même poste est désormais classé et rémunéré selon les mêmes règles, que l'entreprise soit en Île-de-France, en Bretagne ou en Occitanie.
Nouvelle classification nationale : groupes et classes
L'ancien système, fondé sur des grilles territoriales souvent incompatibles entre elles, laisse place à un dispositif national unifié autour de 18 classes d'emploi réparties dans 8 groupes (de A à I).
| Catégorie | Groupes | Classes | Profil type |
|---|---|---|---|
| Non-cadres | A à E | 1 à 10 | Opérateurs, techniciens, agents de maîtrise |
| Cadres | F à I | 11 à 18 | Ingénieurs, responsables, directeurs |
Chaque emploi est évalué à l'aide de 6 critères classants notés de 1 à 10 points chacun. Le total des points détermine la classe, puis le groupe d'appartenance du salarié.
La fiche descriptive d'emploi est désormais un document obligatoire pour chaque poste. Elle détaille les missions, les responsabilités et les compétences requises, et sert de base à la cotation.
- Titulaire d'un BTS/DUT (Bac+2) : classement minimum en classe C6 (25 550 EUR/an)
- Titulaire d'un Master ou diplôme d'ingénieur (Bac+5) : classement minimum en classe F11 (34 900 EUR/an)
Les 6 critères de cotation des emplois
La cotation de chaque emploi repose sur 6 critères, chacun noté de 1 à 10 points. Le total (de 6 à 60 points) détermine la classe du salarié.
| Critère | Description | Points |
|---|---|---|
| Complexité de l'activité | Niveau de difficulté des tâches, diversité des situations rencontrées | 1 à 10 |
| Connaissances | Savoirs théoriques et pratiques nécessaires à l'exercice de l'emploi | 1 à 10 |
| Autonomie | Degré d'initiative et de latitude dans l'organisation du travail | 1 à 10 |
| Contribution | Impact de l'emploi sur le fonctionnement et les résultats de l'entreprise | 1 à 10 |
| Encadrement-coopération | Responsabilité d'animation, de coordination ou de supervision d'autres salariés | 1 à 10 |
| Communication | Nature et niveau des échanges professionnels (internes et externes) | 1 à 10 |
Un technicien de maintenance avec 5 ans d'expérience pourrait obtenir — Complexité : 5, Connaissances : 5, Autonomie : 4, Contribution : 4, Encadrement : 3, Communication : 3 — soit 24 points, le plaçant en classe D7 (groupe D, salaire minimum annuel de 27 450 EUR).
Grille des salaires minimaux hiérarchiques (SMH)
Les salaires minimaux hiérarchiques (SMH) fixent le plancher annuel brut de rémunération pour une base de 35 heures par semaine (151,67 heures mensuelles). La grille actuellement en vigueur est celle issue de l'accord du 19 janvier 2024.
Les négociations salariales de 2025 ont échoué. L'UIMM avait proposé une revalorisation de +0,9 %, rejetée unanimement par les cinq syndicats représentatifs (CFDT, FO, CFE-CGC, CGT, CFTC). La grille 2024 reste donc applicable sans modification.
| Groupe-Classe | Points | SMH annuel brut | Note |
|---|---|---|---|
| A1 | 1-6 | 21 700 EUR | Inférieur au SMIC — le SMIC s'applique |
| A2 | 7-11 | 21 700 EUR | Inférieur au SMIC — le SMIC s'applique |
| B3 | 12-14 | 22 450 EUR | |
| B4 | 15-17 | 23 350 EUR | |
| C5 | 18-20 | 24 250 EUR | |
| C6 | 21-23 | 25 550 EUR | |
| D7 | 24-27 | 27 450 EUR | |
| D8 | 28-30 | 29 500 EUR | |
| E9 | 31-33 | 31 500 EUR | |
| E10 | 34-36 | 33 700 EUR | |
| F11 | 37-39 | 34 900 EUR | Début cadres |
| F12 | 40-42 | 36 700 EUR | |
| G13 | 43-46 | 39 600 EUR | |
| G14 | 47-50 | 44 000 EUR | |
| H15 | 51-54 | 48 000 EUR | |
| H16 | 55-57 | 52 000 EUR | |
| I17 | 58-60 | 58 000 EUR | |
| I18 | +60 | 68 000 EUR |
Pour les classes A1 et A2, le SMH de 21 700 EUR est inférieur au SMIC annuel brut (21 876,36 EUR en 2026). Dans ce cas, c'est le SMIC qui s'applique comme plancher de rémunération.
Forfait jours et heures — majorations (article 139 de la CCN)
- Forfait en heures dépassant la durée légale de 10 % maximum : majoration de +15 % du SMH
- Forfait en heures dépassant de 10 à 20 % ou forfait en jours : majoration de +30 % du SMH
Garantie d'évolution pour les jeunes cadres (groupe F)
Les salariés du groupe F dans leurs 6 premières années après l'obtention du diplôme bénéficient d'une grille progressive avec des bonifications de +5 % à +8 % selon l'ancienneté, destinées à accompagner leur montée en compétences.
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Notre générateur intègre la convention collective métallurgie et calcule automatiquement les salaires minimaux, la prime d'ancienneté et les cotisations conventionnelles.
Créer ma fiche de paiePrime d'ancienneté (non-cadres)
La prime d'ancienneté est un élément de rémunération réservé aux salariés des groupes A à E (non-cadres). Elle récompense la fidélité du salarié à l'entreprise.
Conditions d'éligibilité
- Ancienneté minimale : 3 ans dans l'entreprise
- Plafond : 15 ans d'ancienneté (la prime n'augmente plus au-delà)
Mode de calcul
La prime est calculée en multipliant une valeur de point d'ancienneté par le nombre d'années d'ancienneté (de 3 à 15). Cette valeur de point n'est pas unifiée au niveau national : elle reste fixée par les accords territoriaux ou sectoriels applicables dans l'entreprise.
La prime d'ancienneté est exclue de la base de comparaison avec le SMH. Elle doit apparaître sur une ligne distincte du bulletin de paie et s'ajoute au salaire minimum.
Garantie conventionnelle individuelle de rémunération (GCIR) : si le passage au nouveau système entraîne une diminution de la prime d'ancienneté par rapport à décembre 2023, une indemnité différentielle compensatoire est versée au salarié (voir section mesures transitoires).
Protection sociale obligatoire
Depuis le 1er janvier 2023, la CCN métallurgie impose un socle commun de protection sociale complémentaire à toutes les entreprises du secteur.
| Garantie | Contenu | Répartition cotisation |
|---|---|---|
| Frais de santé (mutuelle) | Couverture complémentaire santé obligatoire | 50 % employeur / 50 % salarié |
| Prévoyance lourde | Incapacité de travail, invalidité, décès | 50 % employeur / 50 % salarié (garanties obligatoires) |
Maintien de salaire en cas d'arrêt maladie
Le salarié bénéficie d'un maintien à 100 % du salaire net pendant une durée variable selon son ancienneté et sa catégorie professionnelle, pouvant aller de 90 à 180 jours.
Les cotisations prévoyance et mutuelle doivent figurer sur des lignes distinctes du bulletin, avec la répartition part patronale / part salariale clairement identifiée. Vérifiez que votre logiciel de paie distingue bien les garanties obligatoires conventionnelles des garanties surcomplémentaires facultatives.
Mesures transitoires (GCIR et report PME)
La réforme a prévu des dispositifs de transition pour protéger les salariés en poste et accompagner les entreprises.
GCIR — Garantie Conventionnelle Individuelle de Rémunération
Ce mécanisme protège les salariés présents dans l'entreprise avant le 1er janvier 2024. Si le passage au nouveau système (nouveau SMH + prime d'ancienneté recalculée) aboutit à un montant inférieur à la rémunération brute de décembre 2023, l'employeur verse une indemnité différentielle sur une ligne distincte du bulletin de paie.
La GCIR concerne également les anciens cadres reclassés en non-cadres sous la nouvelle classification : ils conservent le bénéfice des avantages liés au statut cadre.
Report pour les PME (entreprises de moins de 150 salariés)
Les entreprises de moins de 150 salariés peuvent bénéficier d'un report de l'application de la nouvelle grille si le passage au nouveau système entraîne une augmentation de la masse salariale supérieure à 5 % pour au moins 25 % des effectifs. Ce report peut s'étendre jusqu'au 1er janvier 2030 au maximum.
Impact sur le bulletin de paie
Le passage à la nouvelle CCN métallurgie modifie plusieurs éléments du bulletin de paie. Voici les points de vigilance pour l'employeur et le salarié.
Mentions obligatoires liées à la classification
- Le groupe d'emploi (A à I) et la classe (1 à 18) doivent figurer sur le bulletin
- L'ancienne classification territoriale (coefficients, niveaux-échelons) n'a plus de valeur légale
Nouvelles lignes potentielles
- GCIR : indemnité différentielle si applicable
- Prime d'ancienneté recalculée : sur la base du nouveau point d'ancienneté territorial
- Cotisations prévoyance/mutuelle CCN : distinguées des surcomplémentaires
Une décision du tribunal judiciaire de Paris (fin 2025) a précisé que les primes de contrainte (travail de nuit, travail posté, astreinte) ne doivent pas être intégrées dans la base de comparaison avec le SMH. Ces primes s'ajoutent au-dessus du salaire minimum. Cette décision peut entraîner des régularisations rétroactives pour les employeurs qui incluaient ces primes dans le calcul.
Heures supplémentaires
- Majoration de 25 % pour les 8 premières heures supplémentaires hebdomadaires
- Majoration de 50 % au-delà
Congés pour événements familiaux
La CCN prévoit des congés rémunérés à 100 % du salaire pour les événements familiaux, sans condition d'ancienneté minimale.
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Découvrez également la convention collective propreté IDCC 3043 : grilles de salaires, prime d'expérience, transfert de personnel (article 7) et majorations nuit/dimanche.
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Créer ma fiche de paieQuestions fréquentes
Qu'est-ce que la nouvelle convention collective de la métallurgie (IDCC 3248) ?
La convention collective nationale de la métallurgie (IDCC 3248), signée le 7 février 2022, remplace les 76 anciennes conventions territoriales par un texte unique. Elle couvre 1,5 million de salariés dans 42 000 entreprises. La classification et les salaires s'appliquent depuis le 1er janvier 2024, la protection sociale depuis le 1er janvier 2023.
Comment fonctionne la nouvelle classification métallurgie ?
Chaque emploi est évalué selon 6 critères (complexité, connaissances, autonomie, contribution, encadrement, communication) notés de 1 à 10 points. Le total détermine la classe (1 à 18) et le groupe (A à I). Les groupes A à E correspondent aux non-cadres, F à I aux cadres. Une fiche descriptive d'emploi est obligatoire pour chaque poste.
Quelle est la grille des salaires métallurgie en 2026 ?
La grille en vigueur est celle de l'accord du 19 janvier 2024 (les négociations 2025 ont échoué). Elle va de 21 700 euros brut annuel (classes A1-A2, portées au SMIC si inférieur) à 68 000 euros pour la classe I18. Les salaires sont exprimés en brut annuel pour une base 35 heures.
Mon salaire est-il en dessous du minimum conventionnel métallurgie ?
Pour le vérifier, identifiez votre groupe et votre classe sur votre bulletin de paie, puis comparez votre rémunération annuelle brute avec le SMH correspondant dans la grille. Attention : la prime d'ancienneté et les primes de contrainte (nuit, astreinte) ne sont pas incluses dans cette comparaison.
Qui a droit à la prime d'ancienneté en métallurgie ?
La prime d'ancienneté est réservée aux salariés non-cadres (groupes A à E) ayant au moins 3 ans d'ancienneté dans l'entreprise. Elle est plafonnée à 15 ans et calculée sur la base d'une valeur de point fixée par les accords territoriaux ou sectoriels. Elle figure sur une ligne distincte du bulletin de paie.
Qu'est-ce que la GCIR en métallurgie ?
La GCIR (Garantie Conventionnelle Individuelle de Rémunération) protège les salariés présents avant le 1er janvier 2024. Si leur rémunération recalculée selon le nouveau système est inférieure à celle de décembre 2023, l'employeur verse une indemnité différentielle compensatoire sur le bulletin de paie.
Quelles sont les majorations pour heures supplémentaires en métallurgie ?
Les heures supplémentaires sont majorées de 25 % pour les 8 premières heures hebdomadaires au-delà de 35 heures, puis de 50 % au-delà. Les salariés en forfait heures bénéficient d'une majoration de 15 % (dépassement jusqu'à 10 %) ou 30 % (dépassement de 10 à 20 %) du salaire minimum hiérarchique.
Comment la métallurgie gère-t-elle la mutuelle et la prévoyance ?
Depuis le 1er janvier 2023, la CCN impose une couverture complémentaire santé (mutuelle) et une prévoyance lourde (incapacité, invalidité, décès). Les cotisations des garanties obligatoires sont réparties à 50 % employeur et 50 % salarié. Le maintien de salaire en arrêt maladie peut atteindre 100 % du net pendant 90 à 180 jours selon l'ancienneté.
Les PME peuvent-elles reporter l'application de la nouvelle grille métallurgie ?
Oui. Les entreprises de moins de 150 salariés peuvent différer l'application si le passage au nouveau système entraîne une hausse de masse salariale supérieure à 5 % pour au moins 25 % de l'effectif. Ce report peut aller jusqu'au 1er janvier 2030 maximum.
Comment apparaît la classification métallurgie sur la fiche de paie ?
Le bulletin de paie doit mentionner le groupe d'emploi (lettre de A à I) et la classe (numéro de 1 à 18). Les anciens coefficients territoriaux n'ont plus de valeur légale depuis le 1er janvier 2024. Si une GCIR est applicable, elle figure sur une ligne distincte du bulletin.